Désir sexuel : Quoi faire quand l’écart entre les partenaires mine la satisfaction conjugale ?

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Par Julie Fournier, sexologue clinicienne et psychothérapeute

Dans tous les couples, peu importe l’orientation sexuelle, il y a un écart au niveau du désir sexuel éprouvé par les partenaires. Cependant, certains couples s’adaptent bien à cet écart et arrivent à bien composer avec celui-ci alors que certains autres vivent cet écart comme une difficulté qui mine la satisfaction conjugale globale et qui semble souvent irrémédiable. Quoi faire quand le couple ne parvient pas à composer avec les différentes attentes et représentations de la sexualité des partenaires?

Quand l’écart est souffrant pour les deux partenaires

Bien que cela puisse sembler difficile à croire, les deux partenaires, qu’il soit celui ayant le plus grand désir sexuel ou celui ayant le plus petit désir sexuel, peuvent souffrir beaucoup de l’écart vécu. Celui ayant le plus grand désir sexuel peut ressentir de la frustration, de la colère, du rejet et peut en venir à être plus irritable et remettre l’initiation des rapports sexuels à l’autre. Il aura aussi tendance à revendiquer que c’est son partenaire qui a le pouvoir parce que c’est lui qui décide quand ont lieu les rapports sexuels. Il peut également croire que l’autre ne fait pas d’efforts et veut lui faire du tort. Pour celui qui a le plus faible niveau de désir sexuel, il peut se sentir coupable, avoir l’impression qu’il n’est pas « normal » et s’obliger à avoir des rapports sexuels pour plaire à son partenaire. Il peut en venir à développer une anticipation négative des rapports sexuels parce qu’il n’y trouve pas plaisir et à éviter l’intimité physique par peur de créer des attentes chez l’autre, ce qui a pour effet d’accentuer davantage l’écart. Les deux se retrouvent donc ancrés dans des positions et des pensées qui ne font que perdurer la difficulté.

Comment faire pour mieux s’adapter à cet écart?

  • Accepter que l’autre soit différent

D’abord, il est primordial d’apprendre à accepter que l’autre soit différent et que par conséquent, ses désirs soient différents. Prenez le temps de ressentir cette différence et d’accepter que l’autre n’est pas vous. Enrichissez-vous de cette différence à tous les niveaux plutôt que de vous entêter à vouloir que l’autre soit entièrement comme vous.

  • Élargir ses connaissances au sujet du désir sexuel

Prendre le temps d’élargir vos connaissances au sujet du désir sexuel, principalement au sujet des différences entre le désir sexuel de l’homme et de la femme, vous permettra d’avoir une meilleure compréhension de ce qui peut créer cet écart dans le désir sexuel. Vous pourrez ainsi y remédier de manière efficace plutôt que de sombrer dans des reproches et de la culpabilité. Par exemple, généralement, le désir sexuel de la femme est plus lent à monter alors que chez l’homme c’est beaucoup plus rapide. La femme doit alors travailler à ce que son désir soit toujours omniprésent et puisse donc être plus rapidement favorisé et nourrit, notamment par des fantasmes. Il implore donc que les deux partenaires s’ajustent à cette différence. Par exemple, les partenaires peuvent favoriser les préliminaires, mais aussi le jeu de séduction et l’anticipation positive des rapports sexuels avant même qu’ils aient lieu.

  • Élargir la notion de sexualité

Il est également pertinent d’élargir pour les deux partenaires, la notion de sexualité et de ne surtout pas la limiter à la pénétration. Cette dernière ne doit pas être le qualificatif requis pour considérer avoir eu une relation sexuelle comme c’est encore beaucoup le cas actuellement. La sexualité peut être variée et il vaut mieux savoir apprécier chaque geste sexuel plutôt que de camper dans une idée préconçue que la pénétration est nécessaire et ainsi se priver de plusieurs choses agréables.

  • Jouer sur le désir sexuel par les fantasmes

Il est aussi possible d’avoir un impact sur le désir sexuel à l’aide de fantasmes. Pour la personne ayant le plus faible désir sexuel, elle peut s’exercer à faire monter le désir en elle, notamment avec des fantasmes. À cet effet, les fantasmes sont souvent diffus et imprécis, comme des rêves plutôt que des idées très claires et des scénarios très précis. Il suffit donc de prendre quelques secondes et de le répéter régulièrement pour alimenter son désir sexuel par ces pensées ou ses sentiments érotiques. À l’inverse, la personne ayant un plus fort désir sexuel peut éviter de trop alimenter ses pensées sexuelles et ses fantasmes, non pas pour faire disparaître le désir sexuel, mais plutôt pour ne pas le nourrir lorsque ce n’est pas possible de le combler dans un rapport sexuel à deux. Il peut cependant y avoir des alternatives…

  •  Communiquer adéquatement

Finalement, c’est cliché, mais dont vrai, la communication efficace fait toujours partie des solutions. Il est important de prendre le temps de communiquer avec votre partenaire au sujet des irritants quotidiens et des ruminations pour exprimer adéquatement votre ressenti. Si vous ne le faites pas, votre corps s’en chargera pour vous, notamment par une baisse de votre niveau de désir sexuel! Il est aussi primordial d’être capable de vous parler de vos insatisfactions sexuelles et de vos préférences en lien avec la sensualité et la sexualité afin de pouvoir vous ajuster mutuellement. Ici, les accusations, les rapports de pouvoir, la culpabilité et le ressentiment ne sont pas permis. Par contre, l’écoute, l’empathie et le respect sont requis.

Quelques pistes de réflexion qui peuvent aider

En conclusion, certaines pistes de réflexion peuvent vous aider dans l’identification des causes de l’écart entre votre désir sexuel et celui de votre partenaire. Prenez le temps chacun de votre côté pour réfléchir à ces pistes et revenez-y ensemble en toute honnêteté pour apprendre à vous connaître, à vous comprendre et à vous ajuster mutuellement. Que signifie pour vous la sexualité? Quelle est son importance? Quelle place occupe-t-elle dans vos priorités? Dans vos valeurs? Comment vous percevez-vous par rapport à la sexualité? Comment voudriez-vous vous percevoir? Avez-vous une bonne connaissance au sujet de votre désir sexuel? De votre mode d’excitation? De vos préférences? Que signifie avoir du désir sexuel? Et finalement, préférez-vous vous adapter mutuellement pour remédier à l’écart du désir sexuel entre votre partenaire et vous ou êtes-vous enlisé dans une lutte de pouvoir où vous tentez de faire comprendre à l’autre qu’il est la source du problème? Ce qui revient à se demander s’il est plus important d’avoir raison ou d’être heureux?

Bonne réflexion!


Sources.

Bloss, T. (2001). La dialectique des rapports hommes-femmes. Presses Universitaires de France, 2e éd., p. 304.

Widmer E. D., & Ammar N. (2013). Désir sexuel et styles d’interactions conjugales. Sexologies, http://dx.doi.org/10.1016/j.sexol.2013.05.003

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