Le trouble du spectre autistique et les troubles de la personnalité

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Par Jennyfer Auclair-Pilote, doctorante en psychologie (option neuropsychologie clinique) et interne sous supervision à la Clinique Laval

Le trouble du spectre autistique est un trouble neurodéveloppemental. Les premiers signes sont habituellement présents dès le jeune âge, mais l’impact au quotidien peut se manifester plus tardivement, soit vers l’âge scolaire lorsque les relations sociales se complexifient. L’intensité des symptômes et l’impact au quotidien varient d’une personne autistique à l’autre, d’où le concept de continuum dans le spectre.

Ce trouble est caractérisé par deux catégories de comportements atypiques, soit la communication sociale et les interactions sociales de même que les comportements, les intérêts et les activités restreints et répétitifs.  En effet, une absence de réciprocité sociale et émotionnelle (p.ex. difficulté à initier des interactions, à soutenir des conversations qui ne visent pas leur intérêt, etc.), une difficulté dans la communication verbale et non verbale (p.ex. difficulté à cerner l’intonation, les gestes, les expressions faciles lorsqu’un message est communiqué, contact visuel fuyant, etc.) de même qu’une difficulté à développer et à maintenir les relations appropriées avec autrui (p.ex. difficulté à comprendre les règles implicites qui régissent les relations, maladroit dans son approche, etc.) sont observées. Les autistes peuvent aussi présenter des stéréotypies motrices ou verbales (p.ex. balancement du corps, torsion des doigts, répéter les propos d’autrui, faire tourner les objets, etc.), un attachement excessif aux routines et aux comportements ritualisés (p.ex. manger les mêmes aliments, être assis à la même place, etc.), des intérêts restreints et limités (p.ex. objets tournants, dinosaures, etc.) et une hyperactivité ou une hypoactivité aux informations sensorielles (p.ex. hyperactivité aux sons, aux textures, aux odeurs, ou aux stimuli visuels ou hypoactivité à la douleur, à la température ou à des bruits forts, etc.).

À l’adolescence ou à l’âge adulte, certaines personnes ayant un TSA peuvent également avoir un profil comportemental compatible à celui d’un trouble de la personnalité (TP). Lugnegard et ses collaborateurs (2012) ont rapporté que la moitié des personnes présentant un TSA avait également un trouble de la personnalité. Spécifiquement, les troubles de la personnalité schizoïde, obsessionnelle-compulsif, évitant et schizotypique sont ceux les plus souvent obtenus.

Le TP schizoïde éprouve aussi de grandes difficultés avec les interactions sociales comme le TSA, ayant un détachement envers les autres et les relations sociales, affichant peu d’émotions et éprouvant de la difficulté à ressentir et à exprimer du plaisir. Notons toutefois qu’il se différencie de par sa non-adhérence à des comportements et intérêts stéréotypés retrouvés chez le TSA, et sa capacité à comprendre les émotions des autres.

Le TP obsessionnel compulsif adhère à des routines et à des rituels excessifs, et à une rigidité comportementale comme le TSA à l’exception que les intérêts obsessifs ne sont pas vécus comme allant à l’encontre de soi-même et de son plaisir chez le TSA. Par ailleurs, une altération des interactions sociales et un mode plus restreint d’intérêts et d’activités émergent chez le TSA contrairement à ce type de TP.

Le TP évitant adore la solitude, l’isolement tout en évitant les contacts sociaux et les regards comme le TSA. Toutefois, contrairement au TP évitant, le TSA ne se sent pas en situation de danger lorsqu’il est en contact avec les autres, n’ayant pas nécessairement peur du regard et du jugement des autres.

En conclusion, le fait d’avoir un TSA n’empêche pas de développer un trouble de la personnalité pendant l’adolescence et l’âge adulte. Il s’avère d’ailleurs important de prendre en compte les TP lorsqu’une évaluation est effectuée à l’âge adulte pour statuer ou non sur un TSA puisqu’il est possible que les symptômes observés soient tributaires d’un TP plutôt que d’un TSA ou vice-versa.

Référence

Lugnegård, T., Hallerbäck, M. U., & Gilbert, C. (2012). Personality disorders and autisme spectrum disorders: what are the connections? Comprehensive Psychiatry, 53(4), 333-340.

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